vendredi 13 janvier 2012

C'est le retour des ballados de la seigneurie!


OYÉ OYÉ!  C'est le retour tant attendu de la seigneurie!!!!    (en podcast)

Oui, chers sujets!  Suivez le guide (ci-dessous) et appréciez les oeuvres de mes collègues et ami(e)s de l'UQAM!

C'est ici (en MP3)
https://www.filesanywhere.com/fs/v.aspx?v=8a6e69875f6476b5a4ac

ou ici (en ce que vous voulez...)

https://www.facebook.com/pages/Ballado-de-la-Seigneurie-et-autres-babiolles/210540642372829

GÉNÉRIQUE:
  • Intro:  Extrait de Pat Metheny – Son of thirteen (album = Day Trip)
  • Charles Lehre – Écrire
  • Christiane Roy – La passion (texte avec The hours de Philip Glass interprété par Angèle Dubeau et la Pietà en sourdine)
  • MEB (avec Camille Brunet-Villeneuve au piano) – Rien (album = Dehors)
  • Patrick Deschamps – Vindicates (extrait)
  • Simon Normand – L’apocalypse selon Marc (extrait de texte avec Barry Adamson – Now he knows your name en sourdine)
  • Andréanne Lemay – Une p’tite gaffe
  • Amélie Trudel – (texte sans titre avec Godspeed you! Black emperor – Storm (extrait) en sourdine)
  • Éric Pedneault et Sébastien Roy – Unbearable
  • Poly-Lee Moore – (texte sans titre avec Brian Eno & Harold Budd  - Not yet remembered (extrait) en sourdine)
N'hésitez-pas à laissez vos commentaires (bon ou mauvais).  C'est toujours apprécié.

Note: Ce genre de projet est toujours perfectible, alors soyez indulgent tout de même...


mardi 22 novembre 2011

(Sans Titre)



J'entends un sifflement lointain,
L'appel d’un train insolent
Triste malheur pour moi, pas de regrets pour toi.
Et il va passer ici pour me crier gare.

Veni

Déjà le soleil qui s’endors d’une belle mort,
Mais tu es loin déjà, presque évaporée;
Je suis le rêveur, toi la dormeuse éveillée.
Ai-je volé la chaleur d'un baiser sur ta bouche ?

Vidi

Après avoir touché l'éphémère aurore boréale
Je n’étais pas prêt à me faire la malle
Sourire jauni au pied de la longue rame, je m'étends
Pour entendre les modulations qui s’éloignent

Vinctus

C’est l'odeur pure de l'ange que je respire
Et toi tu voles à tout vent, vie sans lendemain
J'expire du désespoir en volute blanche
Mais telle égérie, tu me souffle que tout ira bien

Intereo


Composé par Sir Seb (c) 2011
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Image:  Peinture intitulée Cercle Jaune de Kandinsky (1926)

mardi 1 novembre 2011

L'art extrême et l'acceptation sociale selon le paradoxe rébellion/conformisme


 NOTE 1: Cet essai a été réalisé par Sébastien Roy dans le cadre du cour PSY-2112 de l'UQAM (c)

NOTE 2: La photo ci-haut provient de Rémy Couture, dont il est fait mention dans le texte ci-dessous.  Allez l'encourager sur sont site web SVP.

1.Introduction

Quand les téléspectateurs ont été habitués de voir des images d'enfants mourants en Éthiopie, il a fallu leur dire que les soldats violaient les mères pour ressusciter l'intérêt.
Marguerite Lavallée







Ce qui définit la créativité pourrait en général s'apparenter à l'approbation du résultat d'une activité par un milieu ou une société et qui a un impact relatif au domaine relié. La littérature concernant la créativité offre un consensus par rapport à cette définition. Or, pour amener une personne à être créative, il faut posséder certaines dispositions qui facilitent cette créativité. Il est fait mention dans le livre de Mihaly Csikszentmihalyi1 de dix caractéristiques à première vue paradoxales et antagonistes pour définir l'individu créateur dans toute sa complexité. L'objet du présent essai portera principalement sur l'une d'entre elles : la caractéristique rebelle/conformiste. Or, cet aspect de la créativité sera traité sous l'angle de l'art extrême et son impact social. La question de l'acceptabilité quant à une forme de violence représentée dans l’art extrême opposée aux limites imposées par la morale de cette même société se pose lorsque mise en face d'un esprit créatif rebelle. Ainsi, cet essai abordera en premier lieu l'aspect de la morale et de l'éthique dans l'art. Pour cela, je fais l'hypothèse que la morale en appelle au côté rebelle de l'artiste afin de sonder les limites d'un domaine et de son milieu. Ensuite, les effets de l'obscénité et de « l'extrémité » dans la création seront abordés. En effet, pourquoi l'être humain semble-t-il réagir plus fortement à la représentation extrême? Enfin, comment un artiste/créateur rebelle qui œuvre très près des limites acceptées socialement doit-il travailler avec le concept de conformisme de la société et du milieu dans lequel il œuvre? Afin de soutenir certains concepts mentionnés et développés tout au long de cet essai, une rencontre avec monsieur Rémy Couture, un concepteur montréalais d'effets spéciaux de l'horreur, a été réalisée. Mais auparavant, qu'entend-on par « extrême » dans notre société occidentale d'aujourd'hui?

2.La morale et l’éthique de l’art du point de vue occidental

Selon Paul Ardenne, un critique d'art reconnu, « l'extrême » serait conscrit par certaines situations qui dépassent l'entendement, certains comportements qui outrepassent le vivre ordinaire et les désirs propres de l'individu qui en subi les affres. Ce sont, toujours selon lui, des situations qui entendent se porter au-delà de l'acquis, comme dans un territoire fantasmé2. C'est à partir de cette prémisse que ma recherche m'a amené à vouloir discuter avec un créateur jugé non conformiste aux yeux de la majorité et de tenter de discerner le paradoxe rébellion/conformisme dans ses activités artistiques. J’ai ainsi pu rencontrer une personne dont le travail est relié au monde de l'horreur. Monsieur Rémy Couture est concepteur de maquillages et d'effets spéciaux pour le domaine cinématographique. Plusieurs qualifieraient son travail sur un de ses sites web d'obscène (Inner Depravity — maintenant fermé). C'est cette obscénité qui a poussé un internaute allemand à porter plainte auprès d'Interpol il y a quelques années. En fait, l'homme croyait assister en différé à des scènes de meurtre et de viol véridiques et non truquées. En conséquence, monsieur Couture doit, au début 2012, subir un procès pour corruption de mœurs selon l'Article 163 du Code criminel du Canada. En vertu de la définition du Code, l'obscénité est définie comme « toute publication dont une caractéristique dominante est l'exploitation indue de chose sexuelle et de l'un ou plusieurs des sujets suivants, à savoir : le crime, l'horreur, la cruauté et la violence. ». Ainsi, en raison de la nature des actes montrés, le haut niveau d'accessibilité du site web, la culture sociale et l'éducation de notre société, l'éthique et la morale dictée par l'Article 163, la police locale a senti le besoin d'agir envers monsieur Couture. Malgré la présence d'avertissement avant le film, l'éthique de la création du spécialiste des effets spéciaux peut être remise en cause pour tenter de comprendre s'il y a des limites à ne pas dépasser lorsque la caractéristique créative de rébellion affronte le conformisme. Je reviendrai sur Rémy Couture au chapitre 4. Toutefois, il est aisé de voir la dichotomie entre la moralité d’aujourd’hui et celle d’avant la Révolution tranquille au Québec. La censure en tout domaine artistique était l’apanage du clergé, eux-mêmes puissant et influent au sein de la communauté québécoise. Comme en font foi certains ouvrages sur le sujet de la censure3, la moralité et le maintien du pouvoir étaient portés comme un glaive par le religieux dans la société québécoise à cette époque. En effet, les relations du clergé avec le politique garantissaient un certain contrôle sur la pensée, modulée par les adages comme « que ta volonté soit faite » ou autres dictats semblables à « le seigneur est mon berger ». Que ce soit par la proscription des œuvres importées ou par la prescription des réalisations locales (entre autres dans les débuts de l'ONF), la censure était chose courante et même en quelque sorte acceptée par défaut par la population résignée. En ce temps-là, la conception du bien ou du mal était particulièrement limitée à l'interprétation des Écritures saintes. Mais les poches de résistances ont toujours existé dans toutes civilisations et les époques, avec les risques et conséquences que cela pouvait comporter si l'on transgressait les règles établies. Au Québec, la censure se limitait surtout à la modification des films, l'ajout d'un ouvrage littéraire dans une liste noire ou la non-publication pure et simple d'une œuvre. C'est dans ce contexte que le concept de rébellion mis en face du conformisme rigide fait naître la contestation et l'apparition de groupuscules créatifs jugés marginaux. L'objectif de ces groupes est au premier abord de donner une plus grande visibilité aux œuvres marginales. Ces derniers sont souvent rejetés par le système politique et moral du moment. On peut penser par exemple au mouvement beatnik aux États-Unis, aux tenants du dadaïsme en Europe ou mieux, aux automatistes québécois et leur manifeste « Refus global ». Ce dernier exemple montre l'aspect instinctif des créateurs face à la restriction imposée par les règles mises en place. Louise Vigneault résume bien le désir des signataires de Refus global : se soustraire aux contraintes morales afin d'épanouir sa liberté individuelle. Il est intéressant de penser que pour l'artiste, selon Jacques Maritain, philosophe français plutôt adepte du catholicisme, l'Art avec un grand A et la moralité constituent deux mondes autonomes, sans subordination directe et intrinsèque entre eux. S'il y a subordination, la causalité provient de l'extérieur, comme le politique ou le religieux; parce que pour l'artiste créateur, il importe peu que ce qu'il crée soit hargneux ou débauché. Pour l'artiste, il n’y a d'importance que le bien de l’œuvre elle-même lors de sa création. La première responsabilité de l'artiste avant la diffusion de sa création est envers son œuvre et non envers les humains. Alors, est-ce que le conformisme est toujours une nuisance à la créativité? On peut constater que malgré la démocratisation de l'art en général au Québec, il y a tout de même la présence d'un niveau de moralité et d'éthique, mais sous une autre forme que celle d'autrefois. De moralité religieuse, nous sommes rendus à l'effet de la loi et l'ordre autant qu'à l'accessibilité pour tous et à une collectivité émancipée. Howard Gardner mentionne dans son livre « 5 minds for the future » que l'aspect communautaire et moral des relations entre humains crée ce que l'on peut appeler une recherche commune de la perfection et du bien collectif, si l'on exclut bien sûr le phénomène libertarien. Or, la définition du bien ou du mal dépend simplement de l’histoire et de la volonté de cette collectivité. Ce qui fait de cette recherche de la perfection une forme de restriction. La critique populaire devient le chien de garde de l'art en général. On ne peut également passer sous silence l'impact des médias qui prend aujourd'hui une place très (trop?) importante dans le jugement de ce qui est acceptable ou non, souvent influencé pas sa ligne éditoriale. Nous pouvons donc penser que malgré la restriction, une œuvre peut se réaliser et être montrée plus facilement lorsque créée dans un contexte positif. Alors, de quoi un artiste doit-il tenir compte au Québec et en occident en général?

3.L’art extrême et son effet

Il y a une réalité que les créateurs affrontent sans cesse, que leur œuvre soit extrême ou non : la possibilité de générer des émotions négatives chez celui qui reçoit l’œuvre. Est-ce que les émotions négatives et les malaises sensoriels peuvent causer préjudice? Par préjudice, on suppose que l'on parle de l'atteinte à l'intégrité physique ou psychologique d'autrui. Une règle générale de l'appréciation esthétique semble avoir été établie par Emmanuel Kant dans son « Critique de la faculté de juger » à la fin du 18e siècle et qui s'applique encore aujourd'hui, mais toutefois avec quelques nuances. Il y est défini ce qui suit : « Une seule forme de laideur ne peut être représentée de manière naturelle sans anéantir toute satisfaction et par conséquent toute beauté artistique : c'est celle qui excite le dégoût. ». Le dégoût est modulé par les émotions propres du spectateur. Donc, la notion de dégoût devient relative au « moi » personnel du spectateur. Vu la grande variabilité de la perception, la société actuelle, à travers la législation, doit permettre une certaine liberté de création, mais en considérant que l'intégrité morale, physique et psychique de la majorité est préservée. Dans la société d'aujourd'hui où le besoin de se dépasser et de mettre à l'épreuve nos limites devient une nécessité pour se sentir vivant, le conformisme vis-à-vis l'art extrême est alors opposé de façon paradoxale au principe de la « dissatisfaction » convertie en plaisir. En tel cas, il est fort probable qu'au-delà du dégoût, la source de plaisir du spectateur provienne du questionnement que procure l'œuvre. Par exemple, le réalisateur Romain Gavras, lors de son passage à Montréal pour le festival de nouveau cinéma en 2011 a dit que ce qui indispose la majorité des gens face à la violence ou à l'horreur est qu'il y a absence d'explication en relation à ce qui est montré. Lorsqu'il y a ambiguïté, l'inconfort s'installe et impose une pensée critique. Toutefois, si aucune satisfaction n'est générée, aussi perverse soit-elle, on peut considérer que l’œuvre a dépassé la limite permise par les valeurs personnelles du voyeur ou pire, de la culture générale de la société dans laquelle l’œuvre est diffusée. En conséquence, si l'artiste ne tient pas compte d'un principe de base qu'on appelle le « principe de non-nuisance », il s'expose à une contre-réaction dictée par l'éthique, la politique et la morale mise en place par la société dans laquelle il évolue. La « non-nuisance » s'applique aussi tout autant à soi-même (suicide, mutilation) qu'envers autrui ou même envers des symboles (les dieux, drapeaux, etc.). Ainsi, la dangerosité d'une œuvre se concrétise lorsque la réaction négative demande à supprimer l'objet du dégoût. Or, une œuvre peut rester valable lorsque la réaction invite simplement à se détourner d'elle. L'artiste peut dès lors considérer s'être conformé à tout le moins au principe de « non-nuisance » à autrui.

4.L'art de travailler avec les limites


Un tableau exige autant de malice, de rouerie
et de vie que la perpétration d'un crime

Edgar Degas


De l'autre côté de la médaille, il est évident que les limites propres à un artiste peuvent aussi être variables. Suite aux deux chapitres précédents, je peux supposer que la liberté de création sert à combattre un niveau désuet de conformisme et d'aider au renouvellement des idées politiques autant que sociétales. Par ailleurs, ces mêmes artistes de l'extrême ont aussi le droit de ne pas tenir compte de leurs propres limites afin d'explorer d'autres avenues (et même d'en retirer un certain plaisir dans la douleur). Le Québec est devenu au fil du temps, une société de droit et émancipée du religieux (donc laïque) grâce entre autres à la Révolution tranquille. De plus, l'acte de « faire » est protégé en occident par une forme épanouie de liberté d'expression. Il est donc permis de croire qu'une grande part de la responsabilité dans une œuvre revient au spectateur lui-même. Lui seul peut juger au final de la validité du travail du créateur. Cependant, le créateur de l'extrême devrait comme principe supérieur devoir connaître les lois et les limites morales de l’environnement dans lequel il travaille. Afin de soutenir cette affirmation, j’ai eu la chance de rencontrer un créateur de l'extrême. Il se nomme Rémy Couture et travail dans le domaine des effets spéciaux d'horreur. On parle ici des sphères de l'horreur qui éveillent, en général, toutes sortes de répulsions chez les témoins de ses œuvres. L'objectif de celui dont lequel j'ai reçu les confidences est de rendre les effets spéciaux au niveau de l'intolérable chez l'observateur. Rémy a une personnalité visiblement en marge, mais un verbe et une intelligence soutenue par une conscience de ses actes. Ainsi, une limite importante pour les créations de Rémy Couture est de ne pas tomber dans le mélange des genres qui permettent d'encore moins discerner le vrai du faux. Dans le cas de son site web « Inner Depravity » maintenant retiré du cyberespace, il faisait bien attention de ne pas montrer l'acte de pénétration explicite lors du viol de la victime. Pour lui, ajouter de la pornographie gratuite à son œuvre ne sert pas l'objectif premier de son travail d'effets spéciaux, soit de créer de la répulsion chez le spectateur et de faire prendre conscience de la réalité du monde des tueurs en série. Du moment que l'on ajoute un élément sexuel explicite, un virage dans les émotions ressenties par le spectateur peut s'opérer. En effet, en plus du dégoût, une pulsion sexuelle contradictoire devient possible chez celui qui a par exemple des prédispositions déviantes. L'exemple du film « Baise-moi » de la Française Virginie Despentes est cité par Rémy Couture. Dans ce film, on assiste à un viol sans aucune subtilité. Tout y est montré. On peut, même sous le couvert du cinéma, comprendre que l'on s'approche trop d'un effet de répulsion causé par un parallèle trop évident avec la nature effroyable de l'acte, tel que défini par Kant. Plusieurs diront qu'il y a un potentiel préjudiciable trop élevé pour celui qui reçoit cette vision pour la qualifier d'acceptable. Toutefois, il était permis pour Rémy Couture de croire que par l'utilisation de la caméra sous des angles ou plans bien connus dans le milieu cinématographique, le concept d'œuvre filmique reste un point de repère non négligeable pour celui qui regarde. Une fois ce constat fait, il est toujours possible de s'en détourner. Toujours selon Couture, il est probablement impossible de totalement inventer la représentation extrême sans référence préalable. Il cite en exemple le fameux Texas Chainsaw Massacre, inspiré d'un fait divers et qui est maintenant élevé au rang de film culte par les experts du genre comme étant un tournant important dans l'art cinématographique. Entre autres, ce qui motive Rémy Couture trouve son fondement dans l'étude psychanalytique du tueur en série. Selon lui, toute pulsion meurtrière envers les femmes trouve généralement son fondement dans une déviation sexuelle. Ce que présente mon interviewé est dans le domaine du possible, mais pour l'accepter, il faut prendre le rendu final de l'œuvre dans son ensemble. Par exemple, si la scène de la « masturbation » avec un crucifix dans le film « L’exorciste » est sortie de son contexte, il est possible et tout à fait légitime de se demander quel est l'objectif de cette séquence. Toutefois, une fois la scène remise dans son contexte et ajoutée aux informations de mise en garde au début du film et aux informations divulguées au générique, le spectateur ne peut plus se trouver dans un état de doute vis-à-vis l'intention derrière une œuvre. Évidemment, les compositions plastiques ou filmiques de l'horreur ne s'adressent pas à tous publics. Sachant cela, la majorité dans un système démocratique a le droit de demander une diffusion restreinte, une apposition d'informations destinées à avertir les spectateurs ou au pire des cas, carrément interdire la diffusion de l'œuvre. Toutes ces solutions demeurent balisées par la législation, qui elle même mérite parfois d'être révisée après maints efforts en coût et temps de l'artiste lui-même. Or, un créateur dans notre société occidentale ne pourrait être totalement banni à cause de son flirt avec les limites, sans que le préjudice au spectateur soit soutenu par une justification valable. Alors si le but d'un artiste est de susciter une réaction sans en subir une réplique violente, ce dernier doit alors se soumettre à une forme de conformisme lors de la création ou de la diffusion et tenter de rester en deçà d'une certaine limite qui est souvent bien connue par la société qui reçoit l'oeuvre. Malgré cela, il est toujours probable que l'œuvre soit incomprise et que l'artiste doive tout de même se justifier devant ses pairs. C'est le risque encouru par le créateur de l'extrême et c'est ce que Rémy Couture a le malheur de vivre à cause de ses films d'horreur qui ont été diffusés sur internet.

5.Conclusion

Pour le commun des mortels, l'exposition à la violence devient une confrontation constante avec son sens de l'empathie. En effet, notre ère de surinformation et surexposition aux détails telle la mort presque en direct (par exemple celle du Colonel Khadafi) demande au spectateur de se questionner sans cesse sur ce qu'il voit et lui demande de bien comprendre ce que cela provoque chez lui. Le risque encouru par les créateurs rebelles n'est pas seulement au niveau de l'acceptation, mais aussi du côté de la désensibilisation du spectateur. Car toutes désensibilisations provoquent un effet stimulant chez l'artiste extrême afin de pousser encore plus loin les limites, qui seront elles-mêmes plus difficiles à accepter par le spectateur. Toutefois, il est de la responsabilité de la société elle-même de demander une mise à jour des balises de l'acceptabilité lorsqu'elles sont désuètes. C'est probablement le cas de l'article 163 du Code criminel du Canada. Or, on ne peut et ne doit pas empêcher la circulation de l'information ou même l'utilisation d'images choquantes lorsque ceux-ci suscitent la discussion, le questionnement ou pire, le dégoût. Ainsi, si l'on extrapole la théorie de Kant au contexte actuel en occident, aussitôt que l'on se rapproche trop de la réalité, avec pour seul but de susciter la controverse, l'on s'expose aux représailles et au refus de l'œuvre par la société ou par le milieu concerné. Donc, le fait de se tenir près des limites connues et définies force le créateur à se justifier, qu'il ait tort ou raison, ce qui n'est pas une mauvaise chose en soi. L'artiste se doit de comprendre le phénomène de l'évolution de la morale et de l'ordre, non comme un balancier, mais comme une spirale qui avance dans le temps. De plus, l'artiste doit tenir compte de sa notoriété lors de sa décision de diffusion de son œuvre. De plus, le média internet est beaucoup moins réglementé ou supervisé. Dans ce cas-ci, il importe pour le créateur d'y ajouter une de mise en garde ou mise en contexte pour permettre au spectateur le détachement nécessaire afin de lui permettre d'accepter la limite potentiellement dépassée. Mais au-delà de cette analyse, ce qui importe pour le créateur, à tout le moins dans la société occidentale, est de s'assurer que son travail soit modulé par la liberté d'expression, mais sans causer préjudice à cette même société. La règle de base qui prévaut aujourd'hui en démocratie est que la liberté collective a priorité sur la liberté individuelle.

6.Bibliographie et Références


  1. Référence citation Margueritte Lavallée : http://www.scom.ulaval.ca/contact/hiver04/telerealite.html
  1. Yves Lever, Anastasie ou la censure du cinéma au Québec, Édition du Septentrion, 2008
  1. Jacques Maritain, La responsabilité de l'artiste, Librairie Artheme Fayard, 1961
  1. Louise Vigneault, Identité et modernité dans l’art au Québec.Éditions Hurtubise HMH, Cahiers du Québec, coll. « Beaux-Arts », no 132, 2002
  1. Howard Gardner, 5 minds for the future, Harvard business press, 2008
  1. T'Cha Dunlevy, Navigating the open road without a moral compass, The Montreal Gazette, Wednesday, October 29th 2011.
  1. Interview de David Cronenberg par Jeremy Paxman 
  1. Paul Ardenne, Esthétique de la limite dépassée, Éditions Flammarion, 2006
  1. Ruwen Ogien, La liberté d'offenser (Le sexe, l'art et la morale), Éditions La Musaraigne; Collection L'attrape-corps, 2007
  1. Carole Talon-Hugon, Goût et dégoût (L'art peut-il tout montrer?), Éditions Jacqueline Chambon; Collection Rayon-Art, 2003


Notes de bas de page:
1La Créativité; Psychologie de la découverte et de l'invention — Mihaly Csikszentmihalyi, Édition Robert Laffont, 1996
2Esthétique de la limite dépassée; Paul Ardenne; Éditions Flammarion, 2006
3Anastasie, ou la censure du cinéma au Québec, Yves Lever, Édition Septentrion, 2008

vendredi 28 octobre 2011

Éco-écoeurantite par Josée Blanchette

Tout d'abord, comment se débarrasser de l'objet. Cela paraît plus simple que ce ne l'est. Le lecteur DVD est mort: le faire réparer ou l'envoyer au recyclage? Future Shop ne les reprend pas et si ça se répare, il vous en coûte plus cher que les 40 $ exigés pour en racheter un nouveau. Le bac à recyclage ne se charge pas de l'électronique non plus.

Et une visite à l'écoquartier pour se faire dire: «C'est pas ici, madame, faut aller à l'écocentre!» Et pour aller à l'écocentre (vous en comptez sept à Montréal), il vous faut une voiture. Après une heure de déambulations, mon appareil DVD sous le bras, j'arrive à l'écocentre, vaguement écoeurée.

— Stationnez-vous, on va vous inscrire, me dit le préposé.
— M'inscrire pourquoi? Je vous laisse mon lecteur de DVD.
— Il faut savoir ce que vous apportez, ce que ça contient.
— Vous voulez une prise de sang avec ça?

Je fais demi-tour, mon DVD sous le bras. Éco-écoeurantite aiguë. Ça me changera de l'éco-anxiété.

Comme la plupart des Québécois, je remise l'objet en attendant l'heure où la Ville de Montréal cessera de nous prendre pour des sites d'enfouissement.

Si tous les Québécois vidaient le contenu de leur sous-sol, garage, shed, remise et mini-entrepôts, je vous garantis qu'on aurait ce qu'il faut pour se reconstruire un beau pays en neuf.

vendredi 30 septembre 2011

Article littéraire du jour

Jacques Brault, une lumière dans la nuit du poème

Catherine Lalonde   30 septembre 2011  Livres
«Pour moi, la poésie n’est pas un genre littéraire, affirme Jacques Brault. Ça déborde de la littérature.»<br />
Photo : Danièle Francis
«Pour moi, la poésie n’est pas un genre littéraire, affirme Jacques Brault. Ça déborde de la littérature.»
Alors que commence aujourd'hui la grande fête des mots du Festival international de poésie de Trois-Rivières, Le Devoir plonge Dans la nuit du poème (Le Noroît), en compagnie de Jacques Brault. Le grand poète — notre plus grand poète vivant? — ouvre sa porte.

Dans sa maison de Cowansville, à côté de la petite bibliothèque — «les livres sont en bas» —, tout près de la cuisine, le poète et essayiste, les yeux moqueurs, rigolard devant l'attention qu'on lui porte, devient bavard. Il suffira d'un peu plus d'une heure pour l'entendre parler de Montréal, ville longtemps aimée, de son métier d'enseignant à l'Université de Montréal, aussi aimé, des jeux de coude dans le milieu des poètes, des amitiés au travers — Gaston Miron, Alain Grandbois —, des admirations littéraires — Anne Hébert, Gabrielle Roy. Des versifications latines qui l'ont fait chier chez les Jésuites, où il s'est sinon bien amusé. Du polar de Jo Nesbro qu'il est à lire. De l'impossibilité de traduire un poème, de l'impossibilité — «c'est un idéal, on court après pour rester en forme, c'est une quête» — du poème même.

Jacques Brault parlera de rythme, de «l'alexandrin qui ronronne comme un bon matou sur les genoux» et ses mains valseront. Il parlera cassures, ruptures, apnées qui doivent tacher la mesure en jouant de l'épaule, dansant presque sur sa chaise.

À 78 ans, Jacques Brault vient de publier un tout petit essai. Plaquette de 50 pages, Dans la nuit du poème est d'une densité et d'une érudition surprenantes. Brault, tâche sisyphienne, tente d'y définir le poème et le vers. Sont convoqués Pétrarque, Baudelaire, Rilke, Paz, Cummings, Marie de France, Celan, Sappho. Entre autres.

Fidèle à sa formation d'historien médiéviste, Jacques Brault y voyage dans le temps. La définition poétique, évanescente, lui échappera finalement, laissant pourtant derrière de belles pistes à penser. «Si le poème est problématique, écrit-il, et il le restera toujours, c'est parce qu'il ne peut d'une part s'arracher entièrement à l'histoire et à ses déterminismes, et d'autre part s'adonner entièrement à un poétique qui serait irréversible, incontournable.» Le poème, pour Brault, «se donne les marques minimales d'une ambition maximale: être chant de l'écriture, certes, et encore plus: être l'écriture qui chante au plus juste du son et du sens».

L'accompagnateur

Malgré ses pièces, ses essais remarqués, malgré le récit Agonie (éditions du Sentier), c'est comme poète — Mémoire, La poésie ce matin — que l'homme est renommé. La plupart des prix d'ici, il les a eus.

«C'est un de nos grands poètes, juge Jacques Paquin, spécialiste en poésie associé à l'Université du Québec à Trois-Rivières. Il y a Miron, Fernand Ouellet, mais parmi nos aînés, c'est le dernier vivant.» Ce spécialiste de l'oeuvre de Brault rappelle que le poète a commencé à publier en 1965 et qu'«il accompagne à peu près toutes les grandes transformations vécues dans la littérature ici, à partir de la poésie du pays. À travers sa poésie et ses travaux — il a fait sortir Miron, avec entre autres sa conférence "Miron le Magnifique"; il a travaillé sur St-Denys Garneau; il a travaillé et rencontré Alain Grandbois —, il a un souci d'accompagnement. Il n'écrit pas seul, mais en compagnie des autres, que ça soit les morts ou les poètes décédés et vivants. Il est un précurseur de la poésie intime. Ses poèmes ont une certaine préciosité, une certaine érudition qui expliquent peut-être pourquoi il semble moins connu», propose le professeur.

Le haïku de Woolf


«Pour moi, la poésie n'est pas un genre littéraire, affirme Jacques Brault en entrevue. Ça déborde de la littérature. Je suis persuadé qu'il y a de très bons poètes qui ne sont peut-être pas nécessairement de très bons écrivains. Comme il y a des écrivains qui ne sont pas poètes.» Ainsi écrit-il Dans la nuit du poème que Mrs Dalloway de Virginia Woolf lui semble être un haïku de deux cents pages. «J'aime aucun genre. Écrire, c'est écrire, peu importe.»

D'où naît le poème, chez Brault? «Toujours du langage, des mots. De trois, quatre ou cinq mots même.» Un exemple? «J'ai écrit une suite. J'avais un vers formé de onze pieds, je le vois encore, attendez, j'apprends pas ça par coeur, ces affaires-là, c'était "Comme Marco Polo devant Samarca". J'ai dit: "Quessé ça cette affaire-là?" Je l'ai mise dans un cahier, ça me tournait dans la tête, c'était l'incident, vous savez, c'est fugitif. Je n'ai pas une mémoire mécanique, alors j'ai des cahiers, vous voyez, un peu partout, et des carnets, j'aime griffonner et dessiner un petit peu. Ça donne quelque chose ou pas.»

Danser sous les tombes


Au fil du temps, le flot de Jacques Brault a changé. Des grands chants fluides au souffle large qu'on trouve dans l'anthologie Poèmes I (Le Noroît), le rythme dans L'Artisan s'est resserré: «Ce n'est pas la peine ou le chagrin / Au mois d'avril qui fait mal / Mais la douleur est douleur de la douleur», y lit-on.

«À la fin des années 1960, je pourrais presque vous sortir la date, j'ai eu un trou dans ma vie. Quelque chose s'est brisé. C'était lié aussi à la situation sociale: les événements de 1970 m'ont pas jeté à terre, je les voyais venir, c'était l'aboutissement. Mais c'était pas le déclencheur. J'étais déjà dans le fond de la cave», dit-il en éclatant de rire. Quelque chose s'est brisé et, donc, le rapport à la langue s'est modifié. «Quand Mallarmé dit de creuser le vers, c'est aussi creuser la langue, et creuser par la langue. Parce que la langue nous précède: elle a été là bien avant nous. Il faut en quelque sorte se faire adopter, trouver une niche. C'est un peu comme ça que j'ai écrit L'en dessous l'admirable, qui a été très très très pénible. Très angoissant. Le titre le dit: c'est le 36e dessous, et en même temps c'est accrocher, raccrocher, ne pas lâcher. C'est la condition fondamentale d'être humain. Je n'aime pas la technique pour la technique, mais parfois elle nous rend un peu moins bégayants, un peu moins immergés dans sa subjectivité. C'est important: objectiver, c'est déposer devant soi. C'est le travail de l'artisan.»

La mort a toujours été de ses obsessions d'auteur. «Ah! La finitude! Mes deux frères aînés sont morts jeunes. Ça appartient aux expériences premières. L'oncle de ma mère avait une entreprise funéraire, on demeurait rue Saint-André, à trois maisons de là, et tout jeune on a joué parmi les cercueils, pendant qu'à côté se faisait la préparation des corps. On entendait parler des morts. On enregistre quand on est enfant, et plus tard ça ressort.»

Cette idée de la mort, que devient-elle en vieillissant? «Elle n'est pas toujours poétique, disons. J'ai été très malade, j'ai fait un infarctus. J'ai mis un pied dedans. Ça ne peut ni se dire ni se raconter. Il y a une grande libération: ce n'est pas si grave, mourir. Souffrir, c'est différent. Les fins de vie qu'on nous fait maintenant, longues et pénibles, ça c'est différent.»

Dans le soleil de fin d'après-midi, alors que la conversation a dérapé sur la fin des idéologies, la musique classique, après l'arrivée de sa femme, on finira par partir, à regret.

vendredi 29 juillet 2011

Article pied-de-nez du jour... (diffusion temporaire)

Comme les Américains
Christian Rioux   29 juillet 2011  Québec
Il y a dans le film sur la vie du chanteur d'Offenbach, Gerry, une scène qui mérite à elle seule le détour. Après avoir réuni des milliers de fans au Forum, l'homme à la voix «presque étranglée», comme l'écrivait le poète Gilbert Langevin, s'exclame et dit à peu près: «On l'a fait. Comme les Américains!»
Tel est le leitmotiv de ce film, dont la réalisation et le scénario ne sont malheureusement pas à la hauteur du talent de Gerry Boulet. De ses débuts dans un sous-sol d'église au triomphe du Forum, le p'tit gars de Saint-Jean-sur-Richelieu n'aura eu qu'une obsession: faire comme les Américains! Il fallut même convaincre Gerry Boulet — que Pierre Harel en soit remercié — de chanter en français. Et pourtant, on se dit qu'il fallait un nègre blanc d'Amérique issu d'un autre peuple au destin tragique pour faire ce que les Français n'ont jamais pu accomplir: faire sonner le blues dans la langue de Molière.

En sortant du cinéma pour me retrouver rue Saint-Denis, autour de laquelle rivalisent les festivals tous plus «hénaurmes» les uns que les autres, je me suis dit que l'époque avait bien changé. Gerry cherchait à secouer sa petite ville tranquille de Saint-Jean-sur-Richelieu. Aujourd'hui, la festivalite aiguë s'est emparée du Québec. Et la cacophonie ambiante ne supporte plus le moindre espace de tranquillité. Dans sa grande naïveté, Gerry a probablement gagné la partie. Plus une manifestation culturelle, pas un spectacle, pas un chanteur qui ne nous tombe dessus comme une tonne de briques. Comme les Américains!

Est-ce pour cette raison que certains bombent le torse et se vantent jusqu'à plus soif de la venue de Metallica sur les Plaines, de U2 à l'hippodrome et de Sir Paul au Centre Bell? Qu'on me comprenne bien. Metallica, U2 et McCartney parcourent le monde. Il n'y a donc pas à se surprendre qu'ils passent par chez nous et que des milliers de personnes participent à ces grands-messes rock qui ont depuis longtemps remplacé les processions de la Fête Dieu.

Mais le Québec est probablement le seul endroit du monde à en faire un tel plat, comme a courageusement osé le dire le professeur de philosophie Jean Laberge dans une lettre au Devoir. Je m'explique. À Paris, à Rome ou à Berlin, ces grandes productions passent plusieurs fois par année. Mais elles font rarement la une des médias généralistes. On en parle évidemment dans les pages culturelles et les médias spécialisés.

Ici, dès qu'une grande vedette anglo-saxonne débarque, le grand choeur des colonisés se répand en courbettes. C'est comme si Metallica nous faisait une faveur inestimable. Comme si les nouveaux dieux nommés Bono ou Lady Gaga nous avaient désignés comme le nouveau peuple élu. Que Sir Paul prononce quelques mots en français sur scène et c'est le délire. Voilà qu'une armée de chroniqueurs et d'animateurs le remercient d'avoir daigné parler la langue de l'autochtone. Pourtant, il n'y a rien de surprenant à ce qu'un lord anglais parle français, comme une grande partie des élites du Royaume-Uni, où l'on parle plus et mieux français qu'à Toronto.

Partout où il va, Paul McCartney prononce quelques mots en allemand, en chinois ou en slovène, et cela n'étonne personne. Sauf ici, où nous avons poussé le mépris de nous-mêmes jusqu'à ne plus juger de notre réussite culturelle qu'à l'aune du regard des autres. C'est ce que disait à une autre époque Hubert Aquin. L'auteur de La Fatigue culturelle du Canada français reprochait à Pierre Trudeau d'engager ses compatriotes dans une spirale infernale où, au lieu d'assumer leur héritage pour ce qu'il était, ils devaient se rendre «indispensables» au Canada. Bref, ne plus exister qu'à travers le regard de l'autre. Cinquante ans plus tard, Aquin ne serait peut-être pas étonné de nous entendre nous vanter à ce point de la venue de quelques grandes vedettes rock ou, ce qui revient au même, des fabuleux succès à l'étranger du Cirque du Soleil. Toujours le regard de l'autre.

En passant, il faut tout un culot pour prétendre comme on l'a fait qu'assister à un concert d'une icône du rock anglo-saxon relève de l'«ouverture sur le monde». Je n'ai rien contre les 100 000 spectateurs de Metallica. Mais convenons qu'ils ne sont pas allés découvrir l'oeuvre d'un poète africain méconnu, ni celle d'un obscur rocker catalan. Ils sont simplement allés entendre le prêt-à-consommer de la gigantesque machine du showbiz anglo-saxon. Un «produit culturel» dans le vrai sens du terme, qui tourne à plein régime sur les radios du monde au détriment de centaines d'artistes locaux méconnus dont la découverte relèverait, elle, justement, de la véritable «ouverture à l'autre».

Mais pour s'ouvrir, dirait Aquin, il faut peut-être commencer par cesser de ne mesurer nos succès qu'en fonction des autres. Et mettre un terme à ce désir, en partie suicidaire, qui consiste à toujours vouloir faire comme les Américains. «J'sais pas si c'est moé / Qui est trop p'tit / Pt'être ben qu'le vent m'emporte / J'sais pas si c'est moé / Qui est trop grand / Pt'être ben qu'j'mélange / La vie pis les vues», disait Gerry Boulet.
La chanson s'appelait Faut que j'me pousse.